C’est encore le temps des vacances, pas besoin d’être foncièrement sérieux. D’ailleurs, avec l’agilité, même au sein des moments de labeur les plus intense, il reste toujours un espace pour le fun, le jeu, l’échange, l’inhabituel…
Quand j’écris pas foncièrement sérieux, c’est que je vais vous parler maintenant d’une petite communauté, d’une toute petite communauté sise dans nos belles montagnes, dont les membres n’ont rien à voir avoir le développement logiciel, et n’ont sans doute jamais entendu parler de scrum, de scrum master ou autre product owner.
J’ai eu le bonheur de les visiter il y a bien longtemps de cela, mais les dialogues, les échanges sont restés gravés dans ma mémoire.
Vivant en quasi-autarcie, et sous le vœu de pauvreté, les frères et les sœurs de cette petite communauté ne pouvaient compter que sur eux-mêmes pour bâtir leur maison, élever leurs animaux et cultiver leur jardin. Mais il n’y avait ni fermier, ni maçon, ni électricien, ni plombier parmi eux. Qu’à cela ne tienne, ils faisaient quand même tout par eux-mêmes. Car le terme équipe, quand il s’agit d’une véritable équipe, n’est pas un vain mot. Je les ai vu à l’oeuvre.
Ils ne connaissaient pas scrum, et moi non plus d’ailleurs à cette époque, c’était bien avant, vous dis je, que je m’imagine un jour manier du software…mais la fondatrice qui élevait tout ce petit monde dans la spiritualité la plus pure, pour les choses matérielles de la terre, avait mis en place une méthode très …scrum. Tout les après-midi, juste après le repas, quand l’arôme du café flotte encore au dessus de la table, un à un, elle demandait à chacun des membre de la communauté ce qu’il avait fait la veille, et ce qu’il ferait l’après-midi. Il s’agissait de clôturer un pré, de nettoyer une étable ou une bergerie, de vacciner un troupeau entier, de récolter le miel, de monter des parpaing, de vider un grenier, etc… des équipes de deux, trois personnes se formaient à ce moment-là, spontanément, quand certains n’avaient rien de spécial à entreprendre, et qu’ils voyaient que d’autres avaient besoin d’aide. Et très régulièrement, les travaux étaient présentés. La nouvelle chambre tapissée. Le plancher d’un couloir. Le veau qui vient de naître… Il s’agissait d’une communauté de l’Esprit, je le rappelle, pour que vous compreniez mieux la signification du « done ». Chaque chose terminée était baptisée et bénie par la fondatrice. Je l’aurais mal imaginé baptiser une pièce au trois quart tapissée, un toit mal fait, ou une récolte non terminée. Il ne pouvait pas y avoir de mauvaise interprétation de ce côté-là.
La fondatrice pouvait trancher, un chantier plutôt qu’un autre, à l’image d’un product owner qu’elle était sans le savoir, tout en étant scrum master, car gardienne du temple, gardienne de la méthode qu’il était bon de suivre pour poursuivre dans cette voie des bâtisseurs. Bien sûr, il pouvait y avoir des obstacles. Un mur récalcitrant, une récolte mauvaise. Parfois, avec l’esprit, une prière peut suffire, mais il faut aussi savoir s’entourer. Alors les obstacles étaient levés par des interventions extérieures, des amis, qui avaient la science du troupeau, de la terre ou des parpaings.
Oui, scrum fonctionne. La preuve, la petite communauté de mon histoire a réussi trois fois, sans partir de rien, à bâtir une grande maison. Il suffit pour cela d’un beau projet, d’une vision claire et précise de ce projet, d’un product owner et d’un scrum master, d’une équipe, de communication quotidienne, de produits finis.



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