Une amie, à la lecture de mon blog, m'a rétorqué : "j'y comprends rien".
Comme quoi une petite prise de recul fait toujours du bien, je vais tenter, sans parler "chinois", d'expliquer mon métier aux visiteurs se promenant ici par hasard.
Je suis donc Chef de Projet Technologie Web, Scrum Master, voire Product Owner, bon, ça commence mal! Je barre tout ça, et je recommence.
Je suis animateur d'équipes. J'ai mis en place un cycle de travail de deux semaines.
Le premier lundi
Le premier lundi, notre commanditaire nous expose les différentes nouveautés qu'il souhaiterait voir aparaître sur nos sites Internet, selon un ordre de priorité. Il peut s'agir d'un nouveau service proposé à nos internautes, d'une nouvelle rubrique, d'une correction d'un dysfonctionnement ou l'amélioration d'une rubrique existante, mais qui ne fonctionne pas très bien.
Avec l'ensemble de l'équipe, nous évaluons la charge de travail nécessaire à la mise en place de chaque nouveauté, de manière relative. C'est-à-dire que ce qui est important, ce n'est pas de savoir qu'il faille 2 jours pour modifier un menu du site et 4 jours pour reprendre le design de la home page, mais c'est de se dire il faut deux fois plus de temps pour reprendre le design de la home que pour modifier un menu.
Ensuite, je demande à l'équipe de s'engager, collectivement, sur un ensemble de nouveautés à mettre en place pendant la quinzaine. Ce n'est pas moi qui impose "vous me ferez ça et ça et ça, et si c'est pas fait, vous êtes tous virés!". Non, c'est collectivement que l'équipe choisit de faire "ça et ça et ça" et s'engage sur cet ensemble de nouveauté à mettre en place. La seule contrainte, c'est de suivre les priorités du commanditaire.
Une fois que nous avons un ensemble de nouveautés à traiter, nous les décomposons en petite tâche, dont il est aisé d'évaluer les nombre d'heures nécessaire à leur réalisation. Celà nous donne donc le plan de développement sur lequel l'équipe va travailler pendant la quinzaine. Mais pour l'instant, personne n'a dit qui va faire quoi. En effet, dans une méthode traditionnelle, je dirais "toi, tu fais ci. Machine, tu fais ça. Truc, tu t'occupe de ceci et celà." Non, je ne dis pas ça. J'anime l'équipe, mais je ne commande rien. C'est l'équipe elle-même qui s'auto-organise. Comment ça marche? Nous écrivons l'ensemble des tâches sur des post-it colorés, avec le temps estimé pour leur réalisation, et nous les collons au mur!
Tout les matins
Je réunis toute l'équipe autour de moi et nous faisons face au tâches collées sur le mur. Et à chacun, tour à tour, je pose ces trois questions immuables : "Qu'as-tu fait hier? Que feras-tu aujourd'hui? As-tu rencontré un problème?". Et chacun répond, non pas à moi spécialement, mais à toute l'équipe. Ainsi, chacun sait ce que chacun a fait et fera. Et comme les tâches sont accrochées au mur, il m'est facile, pendant que chacun s'exprime, de modifier les temps des tâches. Je barre les tâches qui sont terminées. Je modifie les temps restant selon les indications de chacun. Parfois, quelqu'un s'aperçoit qu'une tâche avait été oubliée. dans ce cas, on l'écrit sur un nouveau post-it, et on la colle sur le mur.
Comme ceci se passe tous les jours, on sait tous l'avancement global des choses à faire, ce que chacun fait et compte faire.
Le dernier vendredi
C'est le jour de la démo. Je convie notre commanditaire, voire d'autres managers ou collègues interessés, et les différents membres de l'équipe exposent le travail effectué lors de cette quinzaine. Des échanges ont lieu, des demandes de modification peuvent avoir lieu...
Puis, je réunis l'équipe une dernière fois, pour faire une rétrospective de la quinzaine. En posant à chacun trois questions : "as ton avis, qu'est-ce qui s'est bien passé? qu'est-ce que nous pourrions améliorer? qu'est-ce qui n'a pas fonctionné et que nous devons changer?". Chacun s'exprime, moi compris, et de cet échange, nous batissons un avenir meilleurs.
Et ainsi de suite...



Bonjour Frédéric,
Je découvre Scrum depuis quelques jours et votre blog depuis quelques dizaines de minutes.
Bravo pour le ton et l'orientation de celui-ci ! Le lire me permet de passer un coup de feutre pragmatique sur les pointillés de mes (encore) faibles connaissances théoriques.
Il me vient d'amblée 2 questions :
- Comment gérez-vous le suivi de votre équipe ? J'entends par là en termes de points individuels réguliers (suivi de mission ?), d'évaluation de performance annuelle, etc. Cet aspect-là est-il de l'ordre du classique ou bien Scrum a-t-il là-aussi une influence novatrice ?
- Pensez-vous que la méthode Scrum puisse être adaptée à d'autres métiers ? Posant cette question, j'ai en cible, par exemple, une équipe de tests.
D'avance, merci !
Cordialement,
Stéphane Dimanche
Rédigé par: Stéphane Dimanche | mardi 30 juin 2009 à 12:44
Merci Laurent pour votre visite et votre commentaire. Les questions que vous vous posez sur la vie au sein d'un groupe sont très intéressantes et me donnent l'idée d'y répondre dans une note prochaine. En résumé, tout le talent du scrum master est d'une part, d'accepter que l'ensemble de l'équipe puisse prendre un peu de temps pour permettre à tous ses membres de se mettre à niveaux et d'autre part, de savoir être à l'écoute de l'équipe pour identifier les problèmes que vous évoqués.
Sur l'anti-pattern "Chef", j'avais écrit un petit quelque chose il y a quelque temps http://www.fredericdoillon.com/2008/07/pattern-ma%C3%AEtre-et-anti-pattern-chef.html
Rédigé par: Frédéric Doillon | lundi 01 septembre 2008 à 12:22
Bonjour,
Bien beau métier en vérité... mais comment ça se passe quand ça se passe mal ?
Retard ? Lorsqu'une personne est un peu perdue, dépassée ?
Il est intéressant de faire avancer le projet par rapport au groupe, cela va dans sans aucun doute vers le sens de l'émulation, mais quelles en sont les limites ?
La responsabilité qui incombe à chacun de faire avancer le groupe ou le ralentir, selon ses talents, ses motivations, est une lourde charge qui chacun subit, ou accepte de vivre.
Lorsque l'on est dirigé par "un chef", on se dit que si on y arrive pas c'est que "le chef" en demande trop, on évacue vers lui nos difficultés.. Dans la gestion de groupe, on aurai plutôt tendance à culpabiliser, car notre incompétences influe sur l'ensemble du groupe et il est bien connue qu'il n'y a pas plus gros moteur de stress que soi même...
Qu'en est-il donc de la gestion individuelle ?
Enfin c'est ce que votre présentation m'a inspiré dans l'instant... mais il faut dire que je ne suis pas spécialiste de ce genre de chose, mais que cela m'intéresse au plus au point..
Cordialement
Laurent CARON
Rédigé par: Laurent CARON | lundi 01 septembre 2008 à 07:42